Vendredi soir je me suis laissée tenter par un ciné, estimant que ma toux persistante s'était atténuée et n'était plus un obstacle à ma vie de cinéphile. J'ai opté pour Ô Jerusalem, dont le thème me paraissait intéressant.
Pour ceux qui ne sauraient pas, ça parle de l'histoire de la création de l'état d'Israël. Sur le fond d'éléments historiques réels se déroule une histoire fictive, celle de trois potes juifs et arabe de Palestine qui se retrouvent à Jerusalem au moment du vote de l'ONU. Ils vont se retrouver pris dans une guerre qu'ils ne veulent pas faire, et dans laquelle ils finiront pas s'impliquer, les uns contre les autres.

o_jerusalemÔ Jerusalem (Ellie Chouraqui - 2006)
Dans ma p'tite caboche j'avais un a priori plutôt négatif sur Ellie Chouraqui. Je ne sais pas trop pourquoi puisque j'étais incapable de me souvenir d'un seul de ses films et que j'associais son nom à Comédie Musicale (me suis renseignée et effectivement il a réalisé "Les 10 commandements"). Mais je me suis dit que vu le casting, ça devait être bien quand même.
Eh ben finalement j'avais raison. Bon sang que j'étais énnervée en sortant de la salle. De ces énnervements issus de grosses déceptions.

Je m'explique. Effectivement le film est intéressant. La sous-couche historique est très bien faite et j'ai appris pas mal de choses. Et surtout, le film ne prend (presque) pas parti, et on comprend bien le point de vue de tout le monde. [J'envisage même l'acquisition d'un bouquin historique sur ce sujet, que je connais somme toute très peu (mises à part les infos sur les attentats qui se succèdent)].
Par contre toute l'histoire fictive par-dessus est d'une mièvrerie tartinée de bons sentiments, c'est affreux. Tout est caricaturé, calculé, même les émotions sont calibrées. Ça m'a fait penser à une succession de tableaux (au sens comédie musicale, pas au sens pictural) chacun sur un thème défini, tous bien fignolés, nickel chrome. On donc eu l'amitié (à coup de bonnes tapes dans le dos et discussions animées), le chagrin (à coup de douleur muette, de longs regards embués), la rage (à coup de grognements et de soufflements), le désespoir (pleurs et yeux pleins de résignation), l'espoir (longs regards vers le ciel, poings levés) sans oublier la guerre (qui comme chacun sait, fait beaucoup de bruits, comporte plein d'explosions avec du joli feu et de soldats qui meurent, tragiquement de préférence) ! Certes c'est joli, les images sont franchement belles, mais où est la sincérité là-dedans ?! en plus c'est excessivement mal joué, y'en a pas un pour rattraper l'autre à part peut-être JJ Field qui joue Bobby, et encore.

Ce qui m'a particulièrement énnervée c'est que le réalisateur (qui pourtant est juif il me semble) ait eu le toupet de prendre un sujet comme celui-là, avec tout ce qu'il comporte comme enjeux, et toute la complexité de la situation, pour y coller des scènes digne du pire film hollywoodien, sans une once de réalisme des sentiments ou de réflexion. Ça m'a choquée.
Mais bon, sur Allociné les spectateurs lui attribuent 3 étoiles (sur 4) alors que la presse ne lui en accorde qu'une. Et ça ne m'étonne pas. Ceux qui verront Poltergay apprécierons certainement qu'on leur dicte leurs sentiments dans Ô Jerusalem.