yinyangJe ne sais pas trop dans quelle catégorie ranger ce billet. Parce que tout part d'un livre, mais que je n'ai pas envie de parler du livre en question. Parce que parfois, au cours de mes lectures, je m'évade dans de grandes élucubrations spirituelles, parfois bien plus intéressantes que le livre qui les a fait naître.

La semaine dernière j'ai lu un James Patterson (Noires sont les Violettes), que j'ai passablement peu apprécié d'ailleurs. J'ai trouvé ça médiocre et convenu. L'intrigue n'est vraiment pas folichonne et réserve peu de surprises. Et moi j'aime les surprises, surtout dans un polar, sinon on retombe forcément sur quelque chose qu'on a peu ou prou déjà lu et ça, ça m'énerve.
Mais passons. Ce qui m'a marquée dans ce livre, c'est que je crois bien que c'est la première fois que je lis un livre dans lequel on apprend au bout de 150 bonnes pages que le héros principal est noir. Je m'explique.

D'ordinaire, quand un personnage est noir (ou s'il présente n'importe quelle autre particularité d'ailleurs) on le sait tout de suite, c'est précisé. Ca fait partie intégrante du pesonnage, ça le caractérise en quelque sorte. Mais là, non. Pourtant le personnage est très construit, détaillé, présenté émotionnelement, mais à aucun moment, avant cette 151e page, il n'est fait mention de sa couleur de peau. Finalement l'auteur, tout comme moi, a jugé que parmi toutes les caractéristiques importantes de ce personnage, sa couleur ne figurait pas. Et pour que cela me frappe à ce point, c'est que je crois bien que ça ne m'était jamais arrivé. Un peu comme ces acteurs de cinéma qui, après de nombreuses années (merci Will Smith, entre autres) ont pu commencer à interpréter des rôles tout court plutôt que des rôles de noir.
Du coup, très concrètement, je me suis retrouvée à la moitié de mon bouquin avec une image mentale de l'aspect physique de mon héros totalement fausse, et j'ai dû le réinventer à mi-parcours. Mon cerveau (qui tournait au ralenti pour s'adapter au type de lecture que je lui imposais) a carburé à donf pendant quelques pages pour rectifier le tir.

Je me suis alors demandé pourquoi, en l'absence de mention spécifique sur sa couleur, je m'étais empressée d'imaginer mon héros tout blanc, cheveux bruns, la quarantaine séduisante, imper et air désabusé du flic en option. Pourquoi, si comme je le dis, je considère qu'on est quelqu'un tout court avant d'être quelqu'un de noir ou blanc, je ne me suis jamais imaginé de héros noir quand on ne me disait pas clairement qu'il l'était ? Sans doute parce que moi-même je suis blanche et pas noire, et parce que je vis dans un environnement majoritairement blanc. Mais alors est-ce que je m'imaginerais les choses différemment si j'étais noire ? Est-ce qu'Harry Potter serait café-au-lait (parce qu'il pourrait, en dehors du fait que sa mère est blonde, mais l'un n'empêche pas l'autre !) ? Est-ce que la vision d'une oeuvre dépend finalement de l'origine de celui qui la lit ? Evidemment que oui, vous allez me dire. Mais si je me doutais bien que la perception générale était différente, je n'avais jamais imaginé que des différences aussi insignifiantes à mes yeux, telles que la couleur de peau, puissent modifier le point de vue. Ceci dit, je ne suis pas certaine que ce soit ça. Je me demande si en fait tout le monde, noirs y compris, ne verrait pas les héros blancs tout simplement parce qu'on nous a fichu dans le crâne depuis des années que c'était comme ça. Superman, bien qu'originaire d'une autre planète, est blanc, Spiderman aussi, mais la fidèle nounou pleine de sagesse est noire. Et du coup, ben c'est vachement moins drôle !