AdditionDepuis que je fréquente à nouveau le club des joyeux célibataires, je me rends compte qu'on doit sans doute me prendre pour une sorte de super féministe, d'amazone des temps modernes, et bourrée de principes par-dessus le marché...
J'ai récemment réalisé que rares étaient ceux et celles qui partageaient mes principes sur ce sujet, et j'avoue que ça m'interpelle. D'où cette note, pour voir si ce sont juste mes amis qui sont un peu à l'ouest ou si c'est moi qui suis jusqu'au-boutiste.

Je parle de l'addition. Au restaurant. Qui la paie ?
En ce qui me concerne, j'ai toujours fait moitié-moitié. Il faut dire qu'à l'époque où j'ai rencontré l'ex-doud', on était plutôt fauchés tous les deux, et pas moyen de payer les deux parts d'un coup. Avant le Doud', j'étais étudiante, eux aussi, donc pareil : pas de sous pour inviter.
Maintenant que je rencontre des hommes qui gagnent aussi bien, voire certainement mieux leur vie que moi, ce n'est plus une question d'argent. Remarquez que ça ne l'a jamais vraiment été finalement.

En fait je ne vois pas en quel honneur ce devrait être à l'homme de payer le repas. Je suis grande, j'ai de l'argent et je peux payer mon dîner. Je pourrais même payer le sien. Mais autant entre amis il me semble naturel de s'inviter les uns les autres à tour de rôle ou en fonction des évènements, autant lorsque c'est un 1er ou 2e rendez-vous galant, je ne me vois pas lui payer le repas. Et si moi je n'envisage pas de le faire, pourquoi lui le ferait-il ?

J'ai l'impression de passer pour une vile féministe castratrice et engagée en insistant pour payer ma part, ou bien pour une dominatrice limite perverse... Je ne suis pourtant rien de tout ça et le fait que les autres puissent le penser me gène ; et me pousse parfois, de guerre lasse, à accepter l'invitation. Ça ne va pas jusqu'à me gâcher la soirée mais pas loin.
Moi, je suis juste une femme indépendante et autonome. Je vis seule et je n'ai BESOIN de personne. ENVIE, peut-être, mais BESOIN, non. Je sais ouvrir les portes (si-si), faire les réparations de base sur mon vélo (ou payer un réparateur pour qu'il le fasse), planter un clou, monter un meuble ou scier une planche. Bref, je sais me débrouiller toute seule. Alors pourquoi dès qu'un mâle pointe le bout de son nez devrais-je faire comme si ce n'était pas le cas ? Quel genre d'homme a encore besoin de se sentir indispensable à la survie de sa femelle ? Car pour moi c'est de ça dont il s'agit. De s'assumer et de ne pas se laisser infantiliser dès qu'on en a l'occasion.

Mes amies, avec qui j'en ai parlé, me conseillent de me laisser inviter. Arguments : "Ça te fera toujours une soirée pas chère, même si le mec est nul" [ce que je trouve d'un manque total de respect pour lui] ou "Mais ta compagnie vaut bien ça" [hem... visiblement moi ya que moi à estimer que ma compagnie n'a pas besoin d'être achetée...]
Mes amis (garçons, donc) me conseillent la même chose : "Sinon il se sentira vexé". [C'est d'ailleurs ce que m'a dit mon dernier rencart : "laisse-moi payer, je veux pas passer pour le gros radin devant les autres clients"] (OK, si leur avis a plus d'importance que le mien...)

Récemment, j'ai même lu un article à ce sujet dans Psychologies Magazine (je n'ai pas retrouvé l'article, qui n'a pas l'air d'être en ligne). Je me suis dit que j'allais enfin trouver un avis abondant dans mon sens, eh bien non.
Pour eux aussi, une femme qui veut partager l'addition dépossède l'homme de son contrôle, de sa virilité. Elle lui enverrait un message selon lequel "au pieu, c'est moi le chef (et ailleurs aussi, d'ailleurs !)". Bref, à moins de vouloir la jouer dominatrice, l'addition ça reste le domaine du mâle.

Je ne comprends pas que ce message soit celui unanimement (semble-t-il) partagé. Pas étonnant qu'on n'arrive pas encore à un pied d'égalité avec les hommes. Parce qu'on se sent encore inférieures. L'homme tient le cordon de la bourse ; je suis une créature futile et fragile ; pour m'impressionner il faut montrer des billets. Je ne vois pas d'autre raison à cette répartition des rôles qu'une remise à "sa place" de la femme. De même que je ne vois aucune autre raison à ce qu'un homme aide la femme à mettre son manteau ou lui tienne la porte. Car si c'était de la simple courtoisie, il accepterait que la pareille lui soit rendue...

Pourquoi ne pourrait-on pas tout simplement se comporter comme deux personne, sans se soucier de ce genre de conventions ?
Moi, je continue à partager l'addition. Et tant pis s'il me prend pour ce que je ne suis pas. Si un repas n'a pas suffi à lui montrer que je suis juste une femme indépendante et fidèle à ses principes, alors tant pis.

Et vous alors ?
Il y a bien parmi mes quelques lecteurs une personne qui partage mon avis !! Ou bien je suis vraiment et définitivement à côté de la plaque ?